Michael : un mythe bien raconté… jusqu’à ce que ça coupe trop sec

Par Sly Chapel

Le film Michael, réalisé par Antoine Fuqua et porté par Jaafar Jackson dans le rôle-titre, choisit de raconter surtout l’ascension de Michael Jackson jusqu’à la fin des années 1980, en laissant de côté les accusations d’abus sexuels apparues plus tard. Ce choix a beaucoup influencé la réception critique du film.

Ma critique plus détaillée

J’ai beaucoup aimé Michael, oui. D’abord parce que le film réussit quelque chose d’essentiel : nous replonger dans l’aura de Michael Jackson. Il y a une vraie force dans la reconstitution de son univers, dans sa gestuelle, dans certaines performances, et surtout dans la présence de Jaafar Jackson, qui arrive par moments à faire oublier l’imitation pour toucher à quelque chose de plus habité. Même plusieurs critiques sévères reconnaissent que l’interprétation et le pouvoir de fascination du personnage restent des atouts du film.

Là où le film fonctionne le mieux, selon moi, c’est quand il laisse parler l’artiste. On sent la grandeur, la discipline, le perfectionnisme, le phénomène culturel. Il y a des scènes qui rappellent pourquoi Michael n’était pas seulement une vedette, mais un véritable événement mondial. Visuellement, musicalement, le film sait créer des moments de spectacle qui donnent envie de s’abandonner à la légende.

Mais en même temps, c’est aussi là que le film montre sa limite : il mise beaucoup sur l’icône, moins sur l’homme. Plusieurs critiques lui reprochent d’enchaîner les moments connus de la carrière comme une sorte de playlist illustrée, sans toujours prendre le temps de creuser les émotions, les contradictions, les relations ou les blessures plus intimes. C’est exactement ce que j’ai ressenti par moments : on admire, on reconnaît, on revit, mais on ne comprend pas toujours davantage.

Le scénario donne aussi l’impression de vouloir tout couvrir très vite. On passe d’une étape à l’autre, parfois avec efficacité, mais souvent sans respiration. Au lieu de bâtir une vraie trajectoire dramatique, le film saute d’un événement à un autre. Résultat : certaines scènes ont de l’impact sur le coup, mais ne laissent pas toujours une empreinte profonde. Cette critique revient souvent dans la presse, qui parle d’un récit compressé et inégal.

L’autre gros point qui divise, c’est évidemment son angle très contrôlé. Le film s’arrête avant les accusations publiques de 1993, et cette décision est aujourd’hui très commentée. D’après Entertainment Weekly, des versions antérieures prévoyaient d’aborder ces événements, mais des contraintes juridiques et narratives ont mené à leur retrait. Plusieurs observateurs estiment donc que le film protège son sujet au lieu d’embrasser toute sa complexité.

Cela dit, même si on peut trouver ce choix frustrant ou discutable, je pense qu’on peut aussi juger le film pour ce qu’il essaie d’être : un portrait centré sur la naissance du mythe plus qu’un portrait complet de toute la vie de Michael Jackson. Et dans cette optique-là, il y a du vrai cinéma, du rythme, du magnétisme, et plusieurs passages très réussis.

La fin du film est parcontre très abrupte. On arrive au bout avec l’impression qu’il manque une vraie retombée émotionnelle, une conclusion, une dernière note qui nous laisse respirer. La coupure arrive vite, presque sèchement, et pour un personnage aussi immense, aussi chargé symboliquement, ça donne une sortie un peu frustrante. Plusieurs critiques ont justement souligné le caractère précipité du récit et son manque de recul; cette impression peut logiquement se ressentir encore plus au moment de conclure. Aura t'on droit à une suite?

Ceci dit, ça vaut la joie d'être vu, car Michael restera toujours une légende imortelle... et son histoire continue... 

Ma note :

Merci spécial au Cinéma Élysée de Granby, membre de Ciné Entreprise pour l'invitation et la collaboration. 

Michael est à l'affiche dès le 24 avril dans tous les cinémas. 
cinentreprise.com